Lettre aux Gens Sérieux
À toi qui lis ça un peu trop tard le soir, ou un peu trop tôt le matin, entre deux notifications qui ne t'apprennent rien.
Je vais essayer d'être honnête avec toi, et de prendre mon temps. Ce n'est pas une page de vente, c'est une lettre. Lis-la comme telle.
Tu te souviens du film Titanic ?
Il y a une scène, juste après que le bateau a heurté l'iceberg qui m'intéresse particulièrement. L'homme qui a dessiné les plans du navire étale ses schémas devant les responsables de la compagnie. Il pointe l'endroit précis où la coque a rencontré la glace, et il explique, calmement, ce qui va se passer ensuite.
L'eau est entrée dans le premier compartiment. Puis le deuxième. Puis le troisième. Le navire a été conçu pour flotter avec quatre compartiments inondés, au pire. Pas cinq.
Et pendant qu'il parle, l'avant du bateau s'enfonce sous le poids de l'eau, ce qui fait déborder l'eau par-dessus les cloisons, vers le compartiment suivant. Ce n'est pas un nouveau dommage qui propage la catastrophe, c'est la physique du premier dommage qui continue son travail sans qu'on ait besoin de rien lui ajouter.
L'homme qui a vendu ce bateau comme « insubmersible », celui qui a exigé plus de vitesse pour arriver en avance et faire la une des journaux, refuse d'y croire. Ce n'est pas possible, répète-t-il.
« Elle est faite de fer, monsieur. Je vous assure qu'elle le peut. Et elle le fera. C'est une certitude mathématique. » — Thomas Andrews, Titanic (1997)
Peu importe ce qu'on fait à partir de maintenant. Le bateau va couler.
Effectivement on a construit, ces dernières décennies, une économie mondiale du même genre : titanesque et insubmersible. Elle remplit ses compartiments un par un, pendant que ceux qui l'ont vendue exigent qu'on aille encore plus vite.
Premier compartiment. L'argent Fiat.
Le 15 août 1971, Nixon referme en dix minutes la possibilité de convertir le dollar en or, et le dollar devient une monnaie fiat. Le mot Fiat dérivé du latin, fieri : « Que cela soit fait ». Un gouvernement décrète qu'un billet vaut quelque chose, et ça marche, tant qu'un nombre suffisant de gens acceptent de faire comme si c'était vrai. En gros l'argent est imprimable.
Deuxième compartiment. Le travail mondialisé.
La même tâche, faite à l'autre bout du monde pour une fraction du prix, avec une qualité douteuse mais suffisante, est devenue une option en un clic et vingt-quatre heures de patience.
Troisième compartiment. L'intelligence artificielle.
Elle absorbe maintenant ce que la mondialisation n'avait pas encore touché, le travail cognitif fait depuis un bureau, protégé jusqu'ici par la langue et par la distance. Elle lit une radio comme un pneumologue, plaide un dossier comme un avocat, tient une comptabilité comme n'importe quel comptable. Sauf qu'elle ne dort jamais.
Comme tu constate, chaque compartiment, une fois rempli, fait pencher un peu plus l'avant du bateau. Et plus l'avant penche, plus vite l'eau du compartiment suivant se remplit à son tour.
Ce n'est pas une coïncidence si tout semble s'effondrer en même temps.
Tu as peut-être envie de m'objecter que le travail s'est toujours transformé, que l'agriculture aussi a perdu ses emplois et que le monde a survécu. Tu as peut être raison sur l'histoire mais tort sur la vitesse.
Combien de temps penses-tu qu'il reste, exactement, avant que ça atteigne ton compartiment ?
Le Titanic, c'est une image un peu grandiose, peut être même un peu lointaine. En voici une autre, plus proche de ta vie à toi, appelons-la le Monopoly du monde réel.
Le Monopoly du monde réel
Imagine une partie de Monopoly.
On est juste après la guerre, la table est vierge, vu que c'est le début de la partie tout le monde commence avec la même somme. (1500 dollars)
Les règles sont simples, tu lances les dés, tu tombes sur une case et tu achètes ; une rue, tu la prends. Une gare, évidemment. Il y a du travail partout, tout est à reconstruire, la main-d'œuvre manque, l'avenir est ouvert. C'est l'époque des études utiles, des métiers concrets, des entreprises à créer, des maisons à bâtir. Tu passes par la case départ, tu touches ton salaire et tes intérêts et à ce stade ta progression est proportionnelle à ton effort. Les tours passent et les années avec.
Certains joueurs sont plus rapides et plus intuitifs, ils réinvestissent, négocient et accumulent des biens, puis des rentes. D'autres commencent à prendre du retard. On les entend murmurer « ça va tourner », qu'ils n'ont pas eu de chance ce tour-ci, qu'ils respireront quand quelqu'un tombera enfin sur leur case…
Le fossé se creuse.
Les premiers construisent des immeubles, puis des hôtels, puis des portefeuilles qui s'apprécient. Les seconds accumulent des dettes, des diplômes et des CDI.
Un joueur est quasiment ruiné depuis vingt tours, mais il survit encore. Pourquoi ? Parce que les autres, par humanité, par fatigue ou par culpabilité, ferment les yeux : « Ne paie pas cette fois. » « Passe par là plutôt que par ici. »
La partie (l'économie) continue, artificiellement.
Puis on arrive en 2018, diplômé de Kedge Business school. Et là, on t'invite à la table.
« Viens jouer avec nous, deux joueurs ont quitté la partie, il reste de la place. »
On te donne la même somme de départ qu'eux. Sauf que cette somme ne correspond plus à rien sur le plateau. Tout est déjà acheté, chaque lancé de dés, chaque choix de carrière, chaque tentative entrepreneuriale, te fait tomber sur une taxe, chez quelqu'un, sur une rue suréquipée avec des hôtels.
Même les pires cases (20m² à Stalingrad, Paris) coûtent huit fois trop cher.
Les seules opportunités qui restent sont des montages comptables et des arrangements hérités d'anciens accords entre joueurs.
Plus tu avances, plus tu espères tomber en prison, frauder un peu tes taxes ou gagner à la loterie insh allah.
C'est surtout le moment où tu comprends enfin quelque chose de fondamental.
Le jeu n'est plus jouable pour un nouveau joueur. Alors change de jeu.
D'accord mais comment ? En repensant ton éducation.
L'Atelier : l'éducation juste à temps
Avec mon frère, nous sommes en train de créer une communauté de gens sérieux (toi qui lis cette lettre ?) et un atelier. L'éducation de demain, focalisée sur les compétences qu'un être humain doit absolument avoir pour être un individu souverain : l'Argent, la Psychologie, la Communication, l'Intelligence Artificielle, le Business, la Philosophie et la Santé.
Pourquoi l'éducation ? Depuis deux siècles, l'école, occidentale en particulier, construit ce qu'Idriss Aberkane appelle des cathédrales de l'esprit. Des architectures de concepts, de plus en plus raffinées, empilées les unes sur les autres.
Le problème, c'est que l'IA vient de rattraper, puis de dépasser, exactement ce jeu-là. Elle synthétise des théories mieux qu'un universitaire, réussit des examens complexes, des QCM aux équations les plus dures. D'ici 2035, elle passera probablement l'agrégation de philosophie sans effort.
Ce que ça veut dire, concrètement : le diplôme, la preuve que tu as réussi un examen, perd sa valeur au moment précis où une machine réussit le même examen mieux que toi.
Nassim Taleb appelle ça l'illusion sovieto-harvardienne. On surestime depuis toujours le rôle de l'école formelle dans la réussite économique. Il compare ça à donner des cours de vol aux oiseaux, puis à croire que c'est le cours qui leur a appris à voler.
En effet, les grandes entreprises, Tesla, Apple, Microsoft, Nvidia, ne recrutent plus sur des notes, elles le font sur des réalisations : Proof of Work. Le responsable de Google Maps à Zurich est un autodidacte. Il a construit, il a livré et on l'a recruté.
À l'inverse, le Proof of Exam, notre système, se dévalue.
Est-ce que l'effort que tu mets à obtenir ton statut est vraiment le meilleur usage de ton temps, de ton attention, de ta vie ?
L'école actuelle a un problème de logistique, pas seulement de contenu.
Elle livre tes compétences et ton savoir juste au cas où. Tu apprends une matière, au cas où tu en aurais besoin un jour, pour un métier que tu n'as pas encore, face à un problème que tu n'as pas encore rencontré, et pire, dans un marché qui n'existera peut-être plus le jour où tu utiliseras ces compétences.
De plus ce système éducatif, trop français, se concentre massivement sur la partie la moins créatrice de valeur : réciter, commenter, analyser, mais pas assez à transformer.
Un pays qui exporte sa matière première sans jamais la transformer est voué à l'échec. Ce n'est pas le pétrole qui rapporte, c'est ce que tu en fais. Tout comme le bois, qui tire sa richesse une fois qu'il devient le meuble, la maison, l'objet fini.
Imagine que tu as vingt ans aujourd'hui, en première année de droit.
Le temps que tu sois diplômé, le travail qu'on donnait autrefois aux jeunes avocats pour qu'ils apprennent le métier - éplucher des contrats, chercher la jurisprudence - une IA le fait déjà, à la vitesse de la lumière, pour le prix de quelques bières. Le premier barreau de l'échelle a disparu avant même que tu aies eu le temps d'y poser le pied.
L'Atelier que l'on crée fonctionnera à l'inverse.
On te livrera ton savoir juste à temps. Comme dans les ateliers, les bottegas, de la Renaissance, où l'apprenti recevait exactement ce dont il avait besoin, au moment où il en avait besoin, pour finir la pièce sur laquelle il travaillait déjà. Et surtout comme tu le fais déjà sur YouTube, Substack et les podcasts, qui t'ont largement plus éduqué que l'Éducation nationale.
Cela changera ce qu'on va te demander de prouver, un Proof of Work : le vocabulaire précis du monde des systèmes décentralisés qui remplacent la confiance déclarée par la confiance vérifiable.
L'IA, dans tout ça, devient ton bibliothécaire. Un bibliothécaire qui ne te juge pas, qui ne t'humilie jamais devant la classe, et qui accélère ton apprentissage à ton rythme, pas à celui pensé pour trente élèves en même temps.
Et une fois que tu as ce Proof of Work, une porte s'ouvre. Le Club. Le marché de confiance de Gens Sérieux, réservé à ceux qui ont fait leurs preuves dans l'Atelier.
Voilà, en quelques mots, ce qu'on construit : des canots de sauvetage, le temps de rebâtir une nouvelle arche de Noé.
Changer de jeu, ce n'est pas de la triche, c'est tout simplement refuser de continuer une partie perdue d'avance, avec des règles écrites pour un autre monde, une autre époque et d'autres joueurs.
Devenir sérieux, c'est comprendre :
- que la stabilité est finie.
- que l'ascension linéaire est une illusion.
- que la sécurité promise n'existe plus.
Et bâtir autre chose :
- un corps qui tient dans le chaos,
- un capital qui ne dépend pas d'un seul plateau,
- une culture qui permet de comprendre et de naviguer les jeux du passé et leurs conséquences actuelles.
Si tu as lu jusqu'ici, si cela résonne avec toi, si tu vois ce que l'on voit, si tu veux agir en homme de pensée et penser en homme d'action, l'Atelier sera pour toi et Gens Sérieux sera sa conclusion logique.
C'est un projet ambitieux, long terme, voué à se développer de manière authentique et organique, autrement dit LENTEMENT. Il y aura des mises à jour régulières et des intervenants de plus en plus haut de gamme et ambitieux.
Alors si tu veux faire partie de l'aventure, fais du bruit, montre que tu existes, passe à l'action, et rejoins la liste d'attente.